Semaine de la solidarité internationale

dimanche 31 mars 2019


Comité de jumelage Thionville –Gao et Kéniéba-Konko
Mission au Mali 28 janvier-4 février 2019

  1. Rappel historique 
Le jumelage Thionville-Gao est né en 1987. En 1990, une importante révolte indépendantiste touarègue a pour conséquence de couper les liens avec Gao et le jumelage ne vit plus. Pourtant la volonté et le dynamisme de l’amitié avec le Mali ne sont pas entamés et c’est vers une région du sud du Mali, celle de Kéniéba-Konko, que les membres du jumelage se tournent pour constituer un deuxième jumelage. En février 1994, l’accord d’amitié avec l’ASDEK, Association pour le Développement de Kéniéba (4 villages : Nana-Kéniéba, Komanfara, Saguélé et Karamokola) est signé. Les relations avec Gao ne reprendront qu’en 1997, mais le jumelage à trois est établi : Thionville, Gao et Kéniéba-Konko.

Voyages annuels et projets d’aide au développement se succèdent, dans les domaines de l’Education, de la santé, de l’accès à l’eau, du maraîchage, de la formation professionnelle post-bac pour des jeunes maliens au Mali et en France ….  

Les festivités des 30 ans en octobre 2017 à Thionville ont renouvelé les liens, dans une ambiance festive et de réflexion générale sur la coopération et le développement en présence de nos partenaires maliens.

  1. Contexte de la mission
L’insécurité au Mali et les recommandations de la diplomatie française, expliquent  que le Comité n’ait pas rencontré nos partenaires sur place depuis 2013. La composition du comité a évolué, de nouvelles personnes nous ont rejointes. Afin de donner du concret aux échanges avec nos partenaires il a été décidé de réaliser une mission composée de 5 personnes (parmi les 5 membres de la délégation, 3 ne s’étaient jamais rendus au Mali).

L’objectif de cette mission était multiple : rencontrer des officiels, tant de la diplomatie française en charge de la coopération et des actions culturelles que des autorités maliennes, partenaires des projets de développement, et nos partenaires des deux territoires (Gao et les villages) afin de faire le point sur les projets en cours ou à venir, mais aussi, concernant les Villages, constater de visu les réalités quotidiennes et le suivi des réalisations.

     3. Les rencontres 
31. Institutionnelles
En début et en fin de séjour nous avons rencontré le Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France ainsi qu’un représentant de la Coopération civilo-militaire au sein de Barkhane pour les informer des projets en cours et pour un compte-rendu synthétique des échanges avec les différents partenaires. Les services et acteurs de la coopération française au Mali (Scac, Cimic), qui nous ont reçus, ont affiché un réel intérêt aux projets de développement dans le cadre du jumelage et ont insisté sur l’importance et l’urgence de maintenir les relations avec nos partenaires et la nécessité de poursuivre les projets de coopération au regard de la situation sécuritaire, économique et géo-politique actuelle. 

Le Président de l’Association des Municipalités du Mali nous a présenté l’organisation et le fonctionnement des collectivités maliennes, ainsi que l’action de l’AMM dans les instances officielles et son rôle de facilitateur dans la gestion des projets des collectivités.
Le directeur de l’Agence de développement régional (ADR) de Gao nous a présenté les particularités de la Région de Gao et Ménaka, région ou des autorités intérimaires se substituent à l’Etat en attendant les élections régionales. Créées en 2013, les ADR ont un rôle d’ingénierie  (maitrise d’ouvrage,  mobilisations de ressources, conseils).
Le représentant de Gescod au Mali (réseau multi-acteurs régional) accompagné par un responsable de la chambre d’agriculture qui a supervisé la mise en place du Comité local de concertation des ruraux, nous a présenté l’action menée dans le cercle de Yanfoflila depuis 2006 en lien avec la ville de Mulhouse, le CD du Haut-Rhin et l’AFDI. En nous accompagnant dans nos visites des villages ils nous ont été d’un grand apport.
Rencontre de suivi de l’Université numérique de Gao : la création de l’UN-G initié en 2013 s’inscrit dans le cadre du plan de relance durable du Mali, son ouverture officielle a eu lieu en février 2017. Ce projet pilote permet aux étudiants du Nord Mali de poursuivre leurs études supérieures en ligne dans les domaines des productions animales et végétales et de l’agro-alimentaire. Hébergé par le Centre de Formation professionnelle pour la promotion de l’agriculture au Sahel à Gao, ce projet a pu voir le jour grâce à des collaborations universitaires et des subventions 

Photo 1 : Équipe de suivi de l’Université numérique de Gao
diverses au Mali et en France. Moment important de notre mission cette rencontre a permis de faire le point en présence des acteurs engagés dans ce projet innovateur.

32. Gao
Du 29 janvier au 1er février à Bamako, nous avons rencontré des représentants des partenariats avec Gao et fait le point sur les projets en cours et les perspectives :
- Seul le trésorier du Comité de jumelage a pu faire le déplacement à Bamako, le Maire de Gao a assisté à plusieurs rencontres. Nous avons pu évoquer en toute franchise les incompréhensions qui ont surgi depuis quelques temps : manque de réactivité à nos sollicitations, allers-retours nombreux à propos de certains projets, communication moins fluide. Nous avons conclu nos échanges par des recommandations pour la poursuite du jumelage : insister sur l’implication des collectivités partenaires, s’appuyer sur les réseaux d’acteurs du co-développement en France et au Mali, renforcement de la communication, inscrire les projets dans les objectifs des ODD.
- Le Directeur du Centre de Formation Professionnelle pour la promotion de l’Agriculture au Sahel : des projets importants ont été réalisés, aujourd’hui l’Université Numérique de Gao hébergée au CFPPAS demande un engagement important du directeur et de son équipe. Un nouveau projet est en cours de réalisation : équipement complémentaire du laboratoire du CFPPAS ; de nombreux autres projets sont en gestation.
- La Directrice du centre d’accueil Niali, pour enfants démunis : depuis 2009, un parrainage d’enfants s’est mis en place à Thionville rassemblant une trentaine de parrains. Cet échange a permis de faire le point, de connaitre l’actualité du centre et les projets d’extension en cours de réflexion.
- Alassane Abdoulaye est un jeune malien qui a bénéficié d’une bourse pour la formation professionnelle en France initiée par le Comité de jumelage. Ce projet de bourses a concerné 5 jeunes maliens, seuls 2 d’entre eux sont, à ce jour, rentrés au Mali. Alassane a initié un projet concernant la gestion des déchets à Gao : réalisation de pavés à partir des déchets plastiques, il a créé un GIE pour réaliser son projet. Le comité de Thionville soutient fortement ce projet, mais il semble que ce ne soit pas le cas à Gao. Alassane nous a invités à une conférence ayant pour sujet l’environnement et son projet qu’il a tenue dans un établissement secondaire à Bamako.
- Un projet en cours concernant la rénovation du CDI de l’ Institut de Formation des Maîtres de Gao5 n’a pu être évoqué lors de notre séjour, le directeur de l’IFM n’ayant pas pu se rendre à Bamako.
- Une réunion plénière s’est tenue en fin de séjour à Bamako en présence de tous les partenaires et d’un membre de l’AMM afin de rédiger conjointement des recommandations pour l’avenir de la coopération.

33.Villages 
Nous nous sommes rendus pendant 2 journées dans les 4 villages de Kéniéba et à Siby la commune de tutelle qui compte 21 villages. Notre passage dans les villages, accompagnés par les responsables de l’ASDEK, nous a permis de faire le point sur les installations qui ont été financées dans le cadre de la coopération avec Thionville depuis 19936: des magasins communautaires à grains, moulins et décortiqueuses de grains, des points d’eau, des écoles, une bibliothèque, des centres de soins, la mise en œuvre de jardins des femmes, l’installations de panneaux solaires. Si certaines réalisations sont en bon état et rendent le service attendu, d’autres n’ont pas été conservées en bon état et sont délaissées ou demandent une formation adaptée (jardins des femmes) ou une autre implantation. Ces visites concrètes dans chaque village ont été instructives et formatrices pour tous et essentielles pour la poursuite et l’amélioration de la coopération.
L’accompagnement dans les villages par des Maliens en lien avec la coopération française (le représentant de Gescod et son collègue) a été d’un apport essentiel pour faire passer un message et envisager un nouvel élan des partenariats. Deux rencontres avec les autorités de Siby en début et fin de visites nous ont permis également de poser des jalons.
Photo 2 : Visite d’une magasin communautaire de céréales à Nana Kéniéba.

Un document rassemblant des   recommandations a été établi au retour des visites dans les villages à Siby. Ces recommandations insistent sur la nécessité de rendre les comités de gestion des villages plus actifs et pro-actifs avec la population, sur l’apport de réflexion et l’évolution possible par un travail en réseau, de réaliser une étude de type développement local, et d’envisager des liens avec le plan local de développement de la commune de Siby.

34. Mais aussi : accueil et convivialité 

 
Photo 3 : rencontre avec les enfants de Komanfara devant leur école.
 A côté des moments de réflexion et de travaux de bilan et de perspectives, nous avons vécu des moments forts de convivialités et de partages amicaux et culturels (repas, accueils dans 
les villages, moments festifs, échanges réciproques de cadeaux, découverte patrimoniale au musée national, conférence d’Alassane Abdoulaye au complexe scolaire Askia, visites et achats au marché de l’artisanat,…).

Photo 4 : Accueil de la délégation par les musicien et les enfants des villages de Kéniéba.

Nous avons bénéficié d’un lieu de vie, d’accueil et d’espaces de travail, sécurisé et très fonctionnel, qui a facilité grandement notre séjour à Bamako et les échanges avec nos partenaires. La Maison du partenariat Angers Bamako, représente pour la coopération franco-malienne une structure facilitatrice pour les échanges et les rencontres partenariales. 

Photo 5 : Séance de travail à la Maison du partenariat Angers Bamako.

  1. Situation au Mali 
L’insécurité est présente dans toutes les têtes : nous ne sommes pas allés dans le nord du Mali, l’état de tension qui y règne nous a été rapporté et corrobore les informations récentes des médias ; à Bamako, la présence musclée des forces de police et militaires, les mesures de protection des certains édifices diplomatiques et de l’aéroport, la tension qui règne dans certains quartiers et les conseils à ne pas sortir seuls, ni la nuit, traduisent l’insécurité qui a gagné cette ville pourtant très tranquille il y a quelques années

La pollution déjà importante auparavant dans la capitale est devenue quasi insupportable : déchets urbains, brulis des déchets en ville, pollution par les automobiles et petites motos,….

La scolarité est défaillante : grèves à répétition des enseignants des écoles publiques, conditions de travail sommaires dans les écoles, renforcement des écoles privées et d’obédience ; ces difficultés touchent autant les écoles primaires, que secondaires et supérieures. Cette défaillance, déjà amorcée il y a quelques années, semble s’être amplifiée récemment et particulièrement dans les villages. 

Globalement, ceux d’entre nous qui connaissaient le pays, ont ressenti une dégradation de la situation générale

Les différents échanges que nous avons eus soulèvent des interrogations sur la situation institutionnelle du pays : quelle réalité du fonctionnement de l’administration malienne, notamment du grand projet de régionalisation et de décentralisation annoncé ? Comment la réorganisation est-elle connue, acceptée et mise en pratique par les élus ? Pourquoi ces reports réguliers d’élections pour la mise en place des assemblées régionales ? L’absence de ressources économiques internes de l’Etat et des collectivités (défaillances dans la relève de l’impôt et des taxes) et le maintien d’une économie non contrôlée renforcent la nécessité durable du recours aux financements internationaux et par voie de conséquences le maintien des populations dans une dépendance économique et décisionnelle.


  1. Conclusions et perspectives 
En revenant sur « les pas des anciens », la délégation a pu mesurer le travail accompli et les effets des projets et réalisations sur la vie des populations et de ce fait mieux se tourner vers l’avenir de la coopération en connaissance de cause. C’est le sens des recommandations élaborées conjointement7.

Cette visite s’est déroulée alors que les conditions de la coopération ont profondément évolué par rapport à celles des décennies précédentes (bouleversement des relations internationales, géopolitiques et sécuritaires, changements globaux, prise de conscience massive de la dégradation de l’environnement et de la limitation des ressources, forte croissance démographique, mouvements et déplacements de populations divers, en particulier vers les zones urbaines, développement du numérique, …). Ces modifications interrogent sur les modalités de la coopération, alors que la volonté de poursuite a été fortement exprimée de part et d’autre, malgré les décalages exprimés et ressentis dans l’organisation et la manière d’initier et de suivre les projets. 

Les membres de la délégation sont confortés sur la nécessité, ici et là-bas, de travailler en réseaux en s’appuyant sur l’expertise et l’expérience partagée, d’impliquer étroitement les collectivités territoriales et de mobiliser tous les différents acteurs de la coopération, tant nationale et qu’internationale.

Carte de situation des deux régions jumelées.

 1 Dominique Morlot (président du Comité), Alain Rougerie (vice-président et membre depuis 30 ans), Josiane Madelaine (secrétaire, ex-VP relations internationales Région Lorraine, secrétaire de Gescod), Marie-Amélie Rodde (membre du bureau), Brigitte Vaïsse (membre du CA, conseillère municipale à Thionville, conseillère régionale Grand’est).

 2   Subventions : Ville de Thionville, Région Grand-Est ; dons Association Talents et Partage ; fonds propre comité de jumelage de Thionville

3, 5 et 6 Subventions Ville de Thionville, Région Grand-Est et Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères

4 Financement Région, Ville, MEAE, Campus France et Université

 7 Documents téléchargeables sur le site thionville-mali.fr
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Comité de jumelage-coopération 
Thionville-Gao et Kéniéba Konko

5, rue du Manège 
57100 Thionville



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